vendredi 26 novembre 2010

Stratégie du PCG



LE PCG FAIT SA REVOLUTION


Le PCG claque la porte du LKP

Quelques semaines à peine avant l’importante mobilisation du 26 octobre, le Parti Communiste Guadeloupéen a choisi de se retirer du LKP qui depuis, ne compte donc plus que 47 organisations. Le PCG a néanmoins continué à soutenir jusqu’au bout le mot d’ordre de grève générale du 26 et était présent ce jour dans la manifestation de Pointe-à-Pitre. De sa déclaration du Comité Central[1] publiée le 3 novembre, on retiendra deux motifs principaux, exposés pour justifier ce départ.




« Des nationalistes-syndicalistes [qui] stérilisent le débat »

Tout en dressant le constat de « l’état de faillite qui caractérise aujourd’hui la Guadeloupe », et en fustigeant les tenants de l’assimilationnisme[2], Victorin Lurel en tête, le PC stigmatise certains « nationalistes- syndicalistes, usant d’un rapport de forces, aujourd’hui en leur faveur, [et qui] stérilisent le LKP, organisent la déception, ce qui renvoie les masses populaires sous la protection des conservateurs. » Même s’ils ne sont pas cités, on pense bien sûr aux dirigeants de Mouvman Nonm. Cependant, loin d’être affectés par le départ du PCG, ceux-ci voient au contraire, avec le départ du PCG, leur position renforcée au sein du collectif. S’il est normal et même souhaitable de dénoncer ce qui ne va pas au sein du LKP, on peut donc se demander si la politique de la chaise vide ne risque pas d’être, dans le cas présent, totalement contreproductive.


La lutte anticoloniale

L’autre reproche que le PCG formule au LKP est de ne pas s’être constitué en force politique qui porterait haut et fort la question de l’évolution statutaire. Le Parti Communiste se pose ainsi désormais comme le héraut de cette lutte et appelle à un vaste rassemblement des forces qui seraient authentiquement anticolonialistes. Il critique sur ce point, très fortement, les dirigeants du LKP : « (…) ils se sont révélés incapables de donner une orientation valable au LKP, avant d’apporter leur touche à la désillusion des masses, en se présentant en ordre dispersé aux élections régionales, malgré tous les efforts du Parti Communiste Guadeloupéen pour présenter une liste commune » et parle de « brouillard politique qui bouche l’horizon ».


Un nouveau front ?

Le PCG appelle à tenir des « assises des forces anticolonialistes et patriotiques ». D’un point de vue très pragmatique, on peut se demander quelle chance peut avoir cette initiative d’aboutir. Certes certaines organisations comme le CIPPA d’Alain Plaisir, mais qui n’est encore qu’embryonnaire ou des personnalités comme Eric Jalton, qui se sont clairement déclarées, lors des dernières élections régionales en faveur de cette évolution statutaire, pourraient être tentés de rejoindre le PCG dans cette aventure, mais de toute évidence, cela risque d’être très insuffisant pour peser suffisamment sur la question statutaire. Quant aux organisations indépendantistes, comme l’UPLG pourtant alliée au PCG et à Jalton pendant la campagne électorale, il est peu probable qu’elles quittent un LKP qui voit leur position renforcée en son sein, si besoin était. On peut donc craindre que le PCG ne dispose pas du potentiel nécessaire en terme de base électorale pour entraîner un changement aussi ambitieux.


Un terrain miné

Vous me direz que ce n’est pas parce qu’on est minoritaire à un moment donné qu’on est condamné à le rester. De fait le PCG envisage un certain nombre d’actions comme « une campagne d’information, de débat, dans le cadre des «bik a pawol», avec les Guadeloupéens » ou encore
« un travail d’éducation populaire et de conscientisation, en réactivant leur centre d’étude politique et sociale comme un espace de formation à la citoyenneté et à la responsabilité, ouvert à tous les Guadeloupéens » Il annonce aussi que « des efforts seront faits pour porter le travail sur le terrain de la communication au niveau des exigences de la lutte contre tous les mécanismes de l’aliénation et de la manipulation des masses ». Mais le terrain sur lequel entend s’engager le PCG est miné. Si la manifestation du 26 octobre a rassemblé plus de 10 000 personnes en Guadeloupe, elle n’a pas réussi à mobiliser en Martinique plus de 2000 personnes. Ce résultat s’explique en partie par la claque qu’ont reçu les organisations au sein du collectif du 5 février qui avaient fait le pari du "oui" au referendum pour l’évolution statutaire, le 10 janvier 2010. Ce jour là, les Martiniquais devaient répondre par « oui » ou par « non » à la question suivante : "Approuvez-vous la transformation de la Martinique en une collectivité d'outre-mer régie par l'article 74 de la Constitution, dotée d'une organisation particulière tenant compte de ses intérêts propres au sein de la République ?". Les résultats avaient été un désaveu cuisant pour les partisans de l’évoluton : 79%, les Martiniquais avaient exprimé leur refus à cette proposition. Même si ce résultat était avant tout le reflet de la défiance qu’éprouvent les Antillais vis-à-vis de leur classe politique, force est de constater que le projet d’évolution, présenté comme une fin en soi qui serait capable de changer favorablement la situation de la population, n’a pas convaincu, loin s’en faut.


Le projet

Une semblable évolution ne paraît envisageable en Guadeloupe que si la population est associée de manière très étroite à l’élaboration d’un projet de société alternatif, et qu’elle saisit d’elle-même qu’effectivement il est nécessaire de changer le statut de l’archipel afin d’atteindre l’objectif concret qu’elle s’est fixée. L’évolution statutaire ne serait pas alors une fin en soi mais un simple outil au service d’un projet collectif. A ce titre, la réflexion que lance le PCG est loin d’être inintéressante :

« La Guadeloupe doit opter pour un modèle de développement endogène diversifié de type mixte, suivant le principe prémédité du développement. Cela signifie que, la conduite du développement se fera à travers des plans élaborés par un pouvoir guadeloupéen, avec la participation de toutes les parties intéressées (administrations, patrons, travailleurs, centres de recherche…). Les objectifs assignés seront en priorité la création d’emplois et de richesses, le progrès social.

Le développement endogène implique naturellement la recherche d’un nouveau mode de vie, en rupture avec la société de surconsommation, de gaspillage, du «tout automobile» et du tout import. Il s’agit d’un mode de vie endogène, plus proche de la nature, privilégiant la qualité de vie au niveau de vie, l’intégration dans la région Caraïbe, sur la base de la complémentarité, de la réciprocité et des échanges solidaires.

Un tel modèle de développement et de société ne peut se concevoir que si la Guadeloupe est libre de ses choix politiques et dispose de la maîtrise des compétences qui fondent une bonne gouvernance : la fiscalité, la formation et le contrôle des prix, la politique douanière, l’immigration, le commerce extérieur.»


Vers une société post-capitaliste ? Atout et faiblesse.

On est assez loin de la pensée de Karl Marx ; on retrouve par contre très clairement dans ces lignes, l’influence du manifeste des 9 intellectuels martiniquais pour une société post-capitaliste[3], un texte absolument remarquable qui posait avec poésie et pertinence la question du devenir de la Guadeloupe et de la Martinique. Penser ce devenir et chercher à lui donner une traduction politique sur l’échiquier électoral mérite de retenir notre attention, néanmoins, le PCG de Félix Flémin ne met-il pas la charrue avant les bœufs en optant d’ores et déjà pour une évolution du modèle statutaire, avant d’approfondir et de consolider sa vision du développement endogène de la Guadeloupe ; avant surtout de gagner la population à sa vision des choses sur le projet qui nécessite une évolution statutaire ? C’est sans doute là que réside toute la faiblesse de la démarche…

FRédéric Gircour (chien.creole@gmail.com)



[2] « L’ambition, c’est d’afficher, à travers des relations intimes avec les maîtres du pouvoir, que nous sommes des Français comme les autres, que la France veille sur ses «enfants lointains». Des expressions nouvelles sont glissées dans le débat : la France de la diversité, les Français ultra-marins, les régions ultrapériphériques, le mariage visible du drapeau français et européen. Tout est fait pour nous obliger à nous penser Français et Européens.
Cette offensive assimilationniste trouve sa traduction dans la revendication de maintenir la Guadeloupe dans le statu quo et le droit commun français, formulée par Victorin Lurel, et qui affirme, en violation de tous ses « principes républicains», que les électeurs guadeloupéens, en faisant le choix de sa liste aux élections régionales de mars 2010, ont voté pour l’assimilation définitive et irréversible dans la France qu’il incarne. » Extrait de la déclaration du 3 octobre


3 commentaires:

Anonymous Le visiteur a dit...

en plus d'être une façon très originale de dire que l'avenir n'est pas rose,
cela pose une vraie question :

comment une île éloignée peut faire partie d'un territoire ?
comment rester une nation sans faire partie de cette nation ?

mais, vous allez me dire que je m'installe...

bonne continuation.

26 novembre 2010 à 05:30  
Blogger cdrhum a dit...

Une "petite" précision : le PCG n'a pas quitté le LKP mais seulement la "structure" de direction...

28 novembre 2010 à 09:09  
Blogger Frédéric a dit...

mouais, on joue un peu sur les mots, là... Quitter la structure de direction, ça revient à quitter le LKP, puisque les seules organisations étant au LKP, les 47 qui restent, font toutes partie de la structure de direction...

30 novembre 2010 à 02:36  

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