mardi 15 décembre 2009

Dossier "essence" : 1ère partie


Le LKP appelle à une nouvelle mobilisation si Marie-Luce Penchard décide d’augmenter à nouveau le prix de l’essence. Pourquoi ce point est-il si crucial ? Chien Créole revient dans ce dossier sur cette question emblématique de la pwofitatsyon, à la fois élément déclencheur du mouvement social, première grande victoire du LKP et probable détonateur de la reprise du mouvement.



AU COMMENCEMENT ÉTAIT L’ESSENCE


1ère révolte contre le prix de l’essence : celle des entrepreneurs


Fin 2008 en Guadeloupe, le prix de l’essence n’est plus tenable. Les marges de distributions entre l’arrivée du carburant au port et à la pompe avaient augmenté de 44% entre 2001 et 2008 (chiffres de l’autorité de la concurrence).


(source AFP)


Comment comprendre qu’en juillet 2008 alors que le baril de Brent était à $150, le litre de sans-plomb coûtait environ 1,50 € mais qu’en novembre, alors que le baril avait chuté jusqu’à $47, le consommateur guadeloupéen continuait à payer son essence au même prix tandis que dans l’hexagone, la baisse avait bien été répercutée ? La situation des Guyanais étaient encore pire avec le litre de sans plomb à 1,77€ ! De fait, c’est la Guyane qui a donné le départ des manifestations avec onze jours de blocage qui se sont terminés le 5 décembre. Elle sera suivie par un groupement d’entrepreneurs guadeloupéens, mené par Jean-Yves Ramassamy, qui utilisera le même procédé. Il faut dire que le malaise est général et que petits entrepreneurs et artisans sont frappés, eux aussi, par cette flambée du prix des carburants. Du 8 au 11 décembre 2008, la Guadeloupe est donc paralysée par les barrages des transporteurs jusqu’à ce qu’un protocole d’accord accorde une baisse d’environ 30 centimes sur le sans plomb notamment. Mais en contrepartie, les collectivités territoriales consentent à verser 3 millions d’euros à la SARA, que l’Etat s’engage à rembourser. Pour le LKP naissant, c’est inacceptable : on reprend d’une main ce qu’on donne de l’autre. Un appel à manifester est lancé pour le 16 décembre.



Quand l’Etat protecteur devient complice des profiteurs


Il n’y a qu’une seule raffinerie aux Antilles françaises, la SARA, (Société Anonyme de Raffinerie des Antilles), implantée en Martinique, où elle emploie plus de 200 personnes. Elle approvisionne les différentes enseignes de stations des deux îles. En Guadeloupe, la SARA basée sur la zone industrielle de Jarry, n’emploie qu’une vingtaine d’employés car elle se consacre exclusivement au stockage des produits finis (pétrole déjà transformé en sans-plomb, gazole, fuel, etc). L’activité de raffinerie est donc censée s’effectuer dans l’île sœur. Afin de limiter les abus dus à cette situation de monopole, le prix maximum à la pompe est fixé par arrêté préfectoral. Il va sans dire que toutes les stations sans exception, quelque soit la compagnie (Total, Vito, Texaco, etc.), appliquent scrupuleusement le même prix plafond. De là à parler d’entente illicite, il n’y a qu’un pas… Depuis des années, c’est monsieur Grauvogel, en sa qualité de responsable du Service Général des Affaires Régionales, qui négociait les augmentations avec la SARA. Le préfet, lui, validait, après approbation des services de la répression des fraudes. Le problème est que, loin de protéger le consommateur des abus comme ça aurait dû être son rôle, l’Etat s’est rendu complice de la SARA, en autorisant des prix sidérants et injustifiés.



Philippe Jouve, un pêcheur obstiné et méthodique


C’est Philippe Jouve (qui allait devenir un des 48 délégués du LKP) qui, le premier, va se pencher sur les aberrations liées à la structure du prix de l’essence.


Philippe Jouve (photo FG)


En 2004, il est secrétaire de l’Association des Marins-Pêcheurs du Nord Basse-Terre et les pêcheurs, encore plus que les autres, souffrent du prix exorbitant du carburant. De par leur profession, ils devraient comme leurs homologues de France payer l’essence hors-taxe. Or ils ont remarqué que les augmentations opérées ces dernières années sur le prix du carburant ne tiennent pas compte du hors-taxe auquel ils ont droit. Autrement dit, si le TTC augmente de 10 centimes, c’est de 10 centimes aussi qu’augmente le H-T. La même somme donc mais un pourcentage à l’arrivée bien plus élevé que pour le consommateur lambda ! A tel point qu’entre 2003 et 2005, les pêcheurs accusent une augmentation de 70% à la pompe ! Pour un secteur déjà frappé par l’importation massive de poissons à bas prix, à quoi vient s 'ajouter la concurrence déloyale de la pêche illégale, autant dire que c’est le coup de grâce. En 2005, Philippe Jouve, à force de taper à toutes les portes pour tenter de comprendre le processus de formation du prix de l’essence, rencontre monsieur Balladine, aujourd’hui retraité, qui travaillait alors à la répression des fraudes (DGCCRF). Celui-ci lui remet le schéma officiel de la structure des prix. C’est la première fois que le document tant convoité sort des circuits administratifs. Il faudra encore à notre persévérant pêcheur pas mal de temps et d’acharnement pour commencer à le déchiffrer, mais très vite des "incohérences" apparaissent.



Premiers éclaircissements


Il découvre notamment au fil des réunions et de ses investigations qu’au titre de la récupération et du traitement des huiles usées, ce n’est pas une mais deux taxes distinctes qui sont perçues ! Une première indexée sur le prix de l’essence ; l’autre payée à l’achat de l’huile selon le principe du pollueur-payeur, communément appelée la TGAP (Taxe Générale sur les Activités Polluantes). C’est un peu fort de café, surtout quand on sait que le service n’est pas rendu (la seule structure existante, la SARP CARAÏBE ne traitant pas localement l’ensemble des huiles récupérées) ; c’est d’autant plus injuste pour les marins qu’ils étaient jusqu’en 2003 essentiellement équipés de moteurs deux temps qui ont la particularité d’utiliser l’huile comme un additif au carburant. Ce faisant, ils brûlaient complètement l’huile ! Autre élément problématique : une taxe est prélevée sur chaque litre d’essence pour le passage en dépôt à la SARA alors qu’elle n’a pas lieu d’être étant donné que ses infrastructures ont déjà été financées par des subventions européennes… De plus, un autre prélèvement est facturé à l’ensemble des Guadeloupéens pour compenser l’acheminement vers les Saintes, Marie Galante, et la Désirade, les trois dépendances de la Guadeloupe, au mépris du principe de continuité territoriale. Et puis Jouve pousse ses recherches plus loin : il réalise que les augmentations opérées ne coïncident pas avec les fois où la SARA s’approvisionne en pétrole, et ne sont donc pas fonction des fluctuations du prix du baril !



Une bombe à retardement


Après avoir soumis le problème à l’UMPG (Union Maritime des Pêcheurs de Guadeloupe), l’association a été le déclencheur du mouvement de grève des pêcheurs en 2006, mené de concert avec les transporteurs routiers. Le collectif bloque pendant plus d’une semaine le port autonome et finit par obtenir de la préfecture une baisse de cinq centimes pour le hors-taxe. Mais ce réajustement ne va pas être sans conséquence pour les autres usagers puisqu’en contrepartie, la préfecture répercute mécaniquement une hausse de cinq centimes sur le prix de l’essence TTC. Il va pourtant sans dire que les faibles quantités utilisées par les pêcheurs sont sans commune mesure avec toute l’essence consommée par la totalité des usagers de la route ! Cela confirme pour Philippe Jouve à quel point les autorités fixent les prix comme bon leur semble, en dehors de toute démarche raisonnée.


France Antilles, 18 août 2006 (cliquez sur l'image pour l'agrandir)


Il révèle ce point et plusieurs autres dans un article paru dans le quotidien France-Antilles du 18 août 2006, qui n’aura pas alors la répercussion qu’il mérite, mais la bombe à retardement est enclenchée.



De la problématique des pêcheurs à une dynamique plus globale


Face aux gros poissons qu’ils ont en face d’eux, si je puis dire, les dirigeants de l’association des pêcheurs du Nord Basse-Terre, ainsi que de celle du Sud Basse-Terre et de Capesterre Belle-Eau voient la nécessité de créer leur syndicat, pour des raisons qui dépassent d’ailleurs la question des carburants. C’est ainsi que va voir le jour le SYMPA CFDT (Syndicat des Maritimes des Pêcheurs Artisans) dont la combativité détonnera avec la ligne nationale de la centrale CFDT. Quelques mois avant la fondation du LKP, Philippe Jouve expliquera à Elie Domota, en aparté, le fruit de ses recherches. Comme on le verra, ces précieuses informations ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd. Puis, Philippe Jouve représentera le SYMPA CFDT au sein du LKP où il sera d’ailleurs le seul délégué originaire de l’hexagone, jusqu’à ce que Delphine Prudhomme de Combat Ouvrier le rejoigne plusieurs mois après.


à suivre...

FRédéric Gircour (chien.creole@gmail.com)

5 commentaires:

Anonymous le visiteur a dit...

je suis pas pêcheur, ni du pays bigouden, mais perso comme "stratège" j'ai noté :

Stéphane Grauvogel, secrétaire général aux affaires régionales à la préfecture de Guadeloupe.

( et pas Grosvogel )

16 décembre 2009 à 03:06  
Anonymous Anonyme a dit...

Oui, Oiseau Gris et pas Grand Oiseau... ;-)

16 décembre 2009 à 04:47  
Anonymous Anonyme a dit...

Limpide ! Merci pour le rappel, l'analyse et les informations du "mystère carburant en Guadeloupe" ... Du boulot de journaliste digne de D. MERMET ...
Cordialement

16 décembre 2009 à 10:19  
Blogger Frédéric a dit...

Merci pour la correction et vos encouragements !

25 décembre 2009 à 11:08  
Blogger Mariline Tricha a dit...

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